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LE CHONGG RAN


Pendergast utilise une technique de concentration qu’il a mis au point avec le temps, technique extremement efficace, héritée d’une ancienne pratique méditative bouddhiste du Bhoutan, le Chongg Ran : Il construit un échiquier dans la tête et fait une partie…(La Chambre des curiosités page p 260) Il utilise cette partie d’échec pour se concentrer et fait ensuite appel à un exercice mental, un procédé mnémotechnique remontant au moins au grand poète grec Simonide. Cet art fut grandement amélioré à la fin du XVème siècle par Matteo Ricci qui l’enseigna à des savants chinois.

Pendergast s’est inspiré de cette forme de concentration mentale et a mis au point une technique personnelle en y mêlant des éléments empruntés au Chongg Ran. Il a donné à cette méthode le nom de « retour dans la mémoire ». Au terme de recherches minutieuses et grâce à des efforts de concentration intenses, il se replonge mentalement dans un lieu à une époque déterminée du passé, comme un voyage imaginaire dans le temps. Il se replace mentalement dans le lieu choisi, à l’époque qui l’intéresse et observe minutieusement tout ce qui l’entoure. Cela lui permet d’ouvrir son regard sur certains éléments de l’enquête qui font défaut, de combler des vides par la seule force de son imagination. (les croassement de la nuit page p 315)

Le Chongg Ran, la technique de méditation inventée par le sage confucéen Ton Wei à l’époque de la dynastie Tang, avait essaimé hors de Chine et fait des adeptes au Bhoutan où elle avait été perfectionnée sur plus de 500 ans par les moines de l’un des monastères les plus reculés de la planète, celui de Tenzin Togangka. Cette forme de concentration absolue était un curieux mélange d’hyperconscience et de vide mental, mêlant sensation pure et connaissances intellectuelles avancées. La première étape du Chongg Ran consiste à visualiser dans sa tête le noir et le blanc distinctement et non sous forme de gris. Seuls 1 pour cent des adeptes de cette pratique parviennent à dépasser ce stade car d’autres exercices infiniments plus complexes les attendent. On les invite notamment à jouer contre eux-mêmes et simultanément plusieurs parties de go, d’échecs ou de bridge, mais aussi à fondre dans un même tout la connaissance et l’ignorance, le bruit et le silence, la conscience et l’inconscience, la vie et la mort, l’univers et le vide. Le Chongg Ran joue constamment sur les oppositions et les contraires. Il ne s’agit pas d’une fin en soi, mais d’un moyen de parvenir à ses fins par la mise en œuvre de pouvoirs mentaux insoupçonnés avec à la clé l’épanouissement de l’esprit (Les croassement de la nuit page p 326)

Dans Vengeance à froid, l'épisode suivant est raconté :
Si Maurice avait effectué un tour de la maison une heure plus tard, il aurait été surpris de' trouver Pendergast immobile dans ce qui était autrefois le dressing de sa mère., la porte de la petite pièce fermée à clé ....Aucune décoration superflue ne risquait de troubler la concentration de celui qui se trouvait dans cet espace austère, dépourvu d'ouverture, qu'éclairait d'une lueur vacillante un simple cierge de cire posé sur la table. Il s'agissait de la retraite la plus sûre et la plus secrète de toute la vieille demeure.
Dans cette pièce baignant dans un profond silence, Pendergast concentra son attention sur la flamme du cierge tout en ralentissant simultanément sa respiration et les battements de son coeur. Grâce à sa maitrise du Chongg Ran, une forme de méditation ésotérique apprise au contact de moines tibétains bien des années plus tôt, il se conditionnait mentalement pour atteindre l'état de stong pa myid. Pendergast avait amélioré cette pratique bouddhiste ancienne en la couplant avec la technique du palais de mémoire exposée dans l'Ars Memoriae de Giordano Bruno, inventant au passage une forme de concentration mentale inédite.
Absolument immobile, hypnotisé par le contour de la flamme, il laissa son regard en pénétrer progressivement le coeur. A mesure que les minutes s'écoulaient, sa conscience se consumait lentement, jusqu'à atteindre un point de fusion absolu avec les molécules de la flamme.
La chaleur vacillante prenait peu à peu possession de son cerveau qu'elle irradiait d'un feu inextinguible. Soudain, elle s'éteignit, laissant place à une obscurité totale.
Pendergast, impassible, attendit de voir apparaitre son palais de mémoire, l'espace dans lequel il conservait la somme de ses souvenirs et de ses connaissances, le lieu accessible à lui seul qui lui servait de retraite chaque fois qu'il en éprouvait le besoin. (Vengeance à froid - page 236)

Dans Descente en enfer, cet épisode est raconté :
Pendergast était passé maitre dans l'art du Chongg Ran, une discipline mentale très ancienne, venue de l'Himalaya, qu'il avait mis des années à maitriser. Il échouait rarement à atteindre le Stong Pa Nyid, c'est à dire l'état de Vide pur........ Il contrôla à nouveau sa respiration jusqu'à ce que son rythme cardiaque tombe à 40 pulsations par minute. Il se vida la tête en faisant taire toute voix intérieure, effaça désirs et espérances, oublia jusqu'à la raison qui l'avait conduit dans cette pièce. Il resta ainsi longtemps, en état d'apesanteur, enveloppé par le vide. Enfin, il s'autorisa à reconstruire en pensée la pesqu'île de Manhattan, agissant par petites touches avec la plus grande lenteur en commençant par son propre appartement avant de s'en éloigner par cercles concentriques. Pièce par pièce, immeuble par immeuble, rue par rue. Pendergast était sans doute la personne au monde qui connaissait le mieux la topographie de Manhattan, et il prenait plaisir à s'attarder sur chaque bâtiment, chaque carrefour, chaque détail architectural digne d'intérêt dans une parfaite harmonie entre souvenir et reconstruction, jusqu'à ce que tous les fragments s'assemblent et forment un tout cohérent dans son esprit. Ce gigantesque jeu de construction mental se poursuivit lentement et il finit par atteindre les rives de l'Hudson à l'ouest, les eaux de la Harlem à l'est, Battery Park au sud et Spuyten Duyvil au nord. Il conserva longtemps dans sa tête toute la presqu'île, faisant coïncider chaque souvenir avec la réalité. Une fois certain d'avoir atteint la perfection, il pulvérisa sa vision en une fraction de seconde et il ne resta plus rien dans son esprit, sinon l'obscurité. (Descente en enfer - page 223)

Constance Greene maîtrise également le Chongg Ran. Dans Descente en enfer, nous apprenons qu'elle et Pendergast pratiquent un exercice de méditation connu sous le nom de Tsan B'tsan : Cette discipline mentale millénaire originaire du Bhoutan, constitue la branche la plus complexe du Chongg Ran. Moins d'une demi-douzaine d'occidentaux en possèdent la maîtrise, Pendergast et Constance compris. (Descente en enfer - page 328)